Les « droits de l’homme » occupent une place éminente dans la plupart des approches contemporaines du cosmopolitisme. Rompant avec les postulats métaphysiques et la visée éthique du cosmopolitisme des Anciens, ces approches privilégient la protection juridique de la personne humaine pour avancer sur la voie d’une citoyenneté mondiale. Ce choix théorique converge avec l’affirmation sur le plan pratique d’un âge des droits de l’homme, attesté par la multiplication des déclarations relatives aux droits fondamentaux et par la création de juridictions internationales. Ce cosmopolitisme centré sur les droits de l’homme soulève des enjeux d’ordre conceptuel et politique. D’un côté, pour en saisir la logique normative, il importe de comprendre les diverses élaborations philosophiques des droits de l’homme, selon que les théoriciens mettent l’accent sur leur dimension morale, légale ou politique. De l’autre, le statut privilégié dont jouit ce type de droits dans l’élaboration théorique du cosmopolitisme contemporain doit être mis en regard des tendances actuelles à la « déconsolidation démocratique » (Y. Mounk) qui obligent à s’interroger sur l’effectivité de la normativité qu’ils expriment. Le séminaire se propose d’examiner ces questions en s’appuyant plus particulièrement sur le cas de l’Union européenne. Tandis que le projet originel d’une Europe politique semblait placer l’UE à l’avant-garde de la constitution d’une citoyenneté mondiale, les crispations nationalistes et les réactions xénophobes qu’alimente le fonctionnement actuel de ses institutions fragilisent les espoirs cosmopolitiques. Le séminaire s’attachera à analyser cette situation politique à la lumière des analyses philosophiques sur le statut des droits de l’homme.