Droit et morale : approches contemporaines


L’habitude a été prise d’identifier deux grandes traditions classiques de théorie du droit en mettant en particulier l’accent sur le rapport différent qu’elles envisagent entre droit et morale, l’une pensant une continuité – tradition du droit naturel –, l’autre soutenant la thèse de la séparabilité entre droit et morale – le positivisme juridique. Cette ligne de partage a été rendue plus floue lors de la deuxième moitié du XXe siècle par les problèmes conceptuels soulevés par le droit nazi (droit inique mais droit quand même). Après un bref excursus chez les classiques, le séminaire rappellera les nouvelles manières de poser les rapports entre droit et morale qui voient le jour après la Seconde Guerre mondiale. On examinera les tensions exacerbées qui opposent d’un côté les théories contemporaines du droit naturel (John Finnis, Lon Fuller), sortie renforcée par le développement des droits humains, et de l’autre un positivisme juridique renouvelé par le travail de Herbert L.A Hart. On se penchera par la suite sur les controverses qui animent depuis la fin du XXe siècle les théoriciens du droit et qui concernent la délimitation entre droit et morale et les rapports appropriés entre ces deux ensembles de normes, la question des méthodes argumentative et interprétative des juristes (Ronald Dworkin, Chaïm Perelman), ou encore la question de savoir si le qualificatif de « droits moraux » est adéquat (Jürgen Habermas). L’objectif du séminaire est de mesurer la centralité du questionnement sur les rapports entre droit et morale dans les débats contemporains, de montrer que sont en jeu aussi bien la définition, les paradigmes interprétatifs, les méthodes d’application du droit que son rôle dans la société.