Psychanalyse et gymnastique : les trois corps du névrosé (1870-1930)

 

Ce n’est pas sur le tard qu’on s’est avisé que le névrosé pouvait avoir un corps, et peut-être même trois : un corps physique, éprouvant, un corps psychique, éprouvé (c’est le fameux schéma corporel), et un corps social, normé. Quand la psychanalyse entre en scène, elle n’a pas simplement à affronter l’hypnose ou les techniques de suggestion qu’on expérimente sous Charcot, mais également et au même titre la balnéothérapie, l’électrothérapie, les massages thérapeutique et la gymnastique : tous dispositifs voués à corriger les « faiblesses nerveuses », en touchant ces trois corps à la fois. La gymnastique elle-même a changé en l’espace d’un demi-siècle. Elle ne s’est pas contentée de redresser les corps et d’affermir les volontés, selon un modèle quasi-militaire qui faisait à la fin du 19e siècle de la clinique des maladies nerveuses l’annexe de la caserne. Après la Grande Guerre, toute une gamme de gymnastiques nouvelles entre en scène qui, refusant la militarisation des corps et des esprits, entendent au contraire les libérer l’un et l’autre. Ces nouvelles gymnastiques rencontrent la psychanalyse, dialoguent avec elle, et toutes deux éprouvent l’une sur l’autre leur potentiel libérateur. Mais jusqu’à quel point ? Et laquelle des deux, de la gamme des nouvelles gymnastiques ou de la psychanalyse, serait la plus libératrice, la mieux à même de guérir les névrosé.e.s ? Faut-il préférer le cheval d’arçons, des exercices de gymnastique suédoise ou de yoga, à une psychanalyse ?