Philosophie des religions M1 S2
Mercredi 9h-11h
Ronan de Calan
Hérésiologie
L’hérésie est un phénomène historiquement situé. Elle désigne, à rigoureusement parler, une opinion condamnée par l’Eglise catholique comme contraire à son dogme. Elle est la résultante d’un acte d’accusation prononcé par des spécialistes ou des autorités en place qui se convertissent en « hérésiologues », en arbitre du choix légitime ou de l’écart tolérable. Elle est aussi, par conséquent, la construction, au sein d’une religion particulière dotée d’une histoire elle-même très particulière, d’une différence perçue comme inacceptable. Mais l’hérésie n’est pas schisme, pas plus qu’elle n’est apostasie. Ce qui la concerne, ce qu’on sanctionne à travers elle se déroule paradoxalement à l’intérieur d’une religion partagée. Et les phénomènes qu’on atteint sont étrangers aussi bien à une sortie du religieux lui-même qu’à une opposition massive ou dont la portée critique aurait été suffisante pour qu’elle devienne, à son tour, productrice d’une orthodoxie.
Peut-on élargir cette conception de l’hérésie à d’autres religions, en particulier d’autres religions monothéistes ? Peut-on identifier des phénomènes analogues et des condamnations analogues dans le judaïsme, dans l’islam, dans d’autres religions ? Qu’est-ce que ces « différences inacceptables » nous apprennent, non seulement des dogmes religieux eux-mêmes, c’est-à-dire des points de doctrines, mais de la tolérance ou de l’intolérance en matière de religion, ou encore de l’organisation sociale et hiérarchique du religieux ? Peut-on voir dans les hérésies les premiers éléments d’une philosophie critique des religions ? Peut-on, enfin, élargir le sens de l’hérésie à d’autres contextes doctrinaux, étrangers à la religion ?
On suivra dans ce séminaire le fil historique de l’apparition et de l’interprétation des hérésies, en allant de leur stricte condamnation à leur défense et illustration, de Justin de Naplouse (mort vers 165) à Pacôme Thiellement (né vers 1975).
Bibliographie indicative (les sources seront présentées et commentées en cours) :
Alain Le Boulluec, La notion d’hérésie dans la littérature grecque, Paris, Etudes augustiniennes, 1985, 2 vols.
C. Brouwer , G. Dye , A. Van Rompaey (éds.), Hérésies : une construction d’identités religieuses, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, coll. « Problèmes d’histoire des religions », 2015.
J. B., Henderson The Construction of Orthodoxy and Heresy. Neo-Confucian, Islamic, Jewish, and Early Christian Patterns, Albany, SUNY Press, 1998.
E. Iricinschi, O. Zellentin, Heresy and Identity in Late Antiquity, Tübingen: Mohr Siebeck, 2008.
F. Franck, I. Rosé (éds.), Aux marges de l’hérésie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017.
P. Thiellement, La victoire des sans-roi. Révolution gnostique, Paris : PUF, 2017.
C. Zamagni et E. Norelli (eds.), La fabrique de l’hérésie, Les αἱρέσεις entre pluralité et déviance, Guaraldi, 2022.
- Enseignant éditeur: de la Lande de Calan Ronan