Topic outline

  • Présentation

    LAVOISIER - Traité élémentaire, t.2, pl.IV


    Enseignants : Jean-Luc Chappey, Julien Vincent


    Cours : mercredis (10h-11h-salle Marc Bloch) – Travaux dirigés : mercredis (11h-13h-salle Picard)

     

    Ce cours porte sur l’histoire des conditions intellectuelles, sociales et politiques de production et de validation des sciences et des savoirs, ainsi que sur leurs appropriations et leurs usages variés, dans une diversité de milieux sociaux, de la « révolution scientifique » du XVIIesiècle à la veille de la seconde révolution industrielle à la fin du XIXesiècle. Plutôt que d’envisager les sciences isolément, il s’agira de les voir comme des outils de gouvernement qui ont façonné les sociétés modernes. À partir d’exemples principalement français et anglais, on s’intéressera aux acteurs, institutions et idées scientifiques, ainsi qu’à leurs effets sur les sociétés et leur environnement. Il s’agira d'explorer les renouvellements historiographiques les plus récents afin d’interroger les articulations entre les dynamiques de construction et de diffusion des savoirs avec les transformations politiques, sociales, économiques et culturelles.

     

    Bibliographie indicative

     

    Cambridge History of Science, Cambridge, Cambridge University Press, 2003-2006, t. 3-5.

    Bruno Belhoste, Histoire de la science moderne. De la Renaissance aux Lumières, Paris, Armand Colin, 2016.

    Michel Blay & Robert Halleux (dir.),  La science classique XVIe – XVIIIe siècle. Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1994.

    Robert Fox, The Savant and the State: Science and Cultural Politics in Nineteenth-Century France, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2012.

    Dominique Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs, Paris, Seuil, 2015, 3 t.



  • SEMESTRE 2


    Les travaux dirigés ont lieu en salle Picard, le mercredi, de 11h à 13h.

    Merci de limiter vos emails aux questions liées au contenu du cours. Pour toute autre question (par exemple administrative), merci de venir me parler directement à la fin du TD.

    Les documents à préparer pour chaque TD sont postés automatiquement sur cette page (cf infra) exactement trois semaine avant la séance.

    Chaque étudiant-e fournit deux types de travaux :

    • un commentaire de document(s) d'époque : 1) Pour le préparer, vous êtes invité-e-s à vous inscrire pour une séance de tutorat (facultative mais fortement recommandée), 2 semaines avant votre exposé, le mercredi entre 13h et 13h40, soit en salle Picard 3, soit à l'Institut d'histoire de la Révolution française, 3ème étage. Il faut venir à cette séance de tutorat en ayant déjà accompli un travail substantiel sur le(s) document(s) et sur la bibliographie générale, et avoir établi une petite bibliographie spécialisée de quelques titres. Pour faire ce travail, vous vous appuierez sur les manuels généraux (Cambridge History of Science, Histoire des sciences et savoirs du Seuil, etc), sur la bibliographie spécialisée correspondant à la séance, et sur une analyse approfondie du texte ou de l'ensemble documentaire à commenter. Lors de la séance de tutorat, j'attends de vous que vous ayez des idées et que vous les présentiez de façon informelle. 2) Le commentaire de document doit être déposé sur l'EPI, 48h avant l'exposé, sous la forme d'un fichier texte de format .doc, .odt. ou pdf. Les envois par email ne sont pas acceptés. Ce document doit faire 15 à 20 000 signes. Il doit contenir une bibliographie (non comptée dans le nombre de signes total) et des notes en bas de page rendant visibles vos lectures préparatoires (en indiquant les numéros des pages utilisées). 3) Lors du TD consacré au document que vous avez préparé il n'y a pas d'exposé classique de 20 minutes. Vous devez néanmoins fournir un travail oral de deux natures : (a) répondre de façon argumentée à mes questions (sur l'auteur, la nature du document, le contexte etc) ; (b) préparer une prise de parole structurée de 2 à 5 minutes, dans laquelle vous présenterez ce que vous estimez être la question la plus importante soulevée par le document, mais aussi dans laquelle vous développerez le point qui vous a particulièrement intéressé (cela peut être la même chose, mais pas forcément).

    • un travail "historiographique" portant sur un article, un livre mais aussi, le cas échéant, un musée, une exposition, etc. Pour cela, le TD est réparti en 3 groupes intervenant à tour de rôle (une séance sur trois). Tout le monde doit avoir préparé la discussion en étant capable de prendre la parole pendant 3 à 5 minutes (pour cela il est demandé de rédiger une base écrite d'environ 400 à 600 mots) qui doit : 1) dégager la thèse défendue par l'auteur, 2) identifier les sources utilisées, 3) décrire la méthodologie mobilisée, 4) discuter des débats et enjeux historiographiques dans lesquels le texte s'inscrit. Un-e étudiant-e est désigné pour lancer la discussion ; les autres étudiant-e-s du groupe demandent alors la parole pour compléter ou réagir. Chaque prise de parole doit être argumentée et renvoyer à des faits précis. La note porte sur la qualité de la prise de parole au cours du semestre. En cas de non prise de parole, la note est tirée vers le bas. La base écrite pourra être exigée, notamment en cas d'absence au TD ou de non-prise de parole.


  • Histoire des sciences pendant l'épidémie de coronavirus



    Pendant l'épidémie de coronavirus et la mise en quarantaine d'encore au moins six semaines (au 25 mars 2020) qui est prévue, nous vous proposons une réflexion d'histoire des sciences sur l'histoire de la santé publique et des épidémies, en lien explicite avec l'épidémie en cours.

    Nous vous encourageons à être particulièrement attentifs/ives aux débats et discussions politiques et scientifiques qui agitent aujourd’hui notre société (par exemple dans la presse quotidienne). En effet ces débats contemporains font directement écho aux problématiques du cours : la place des savants face au pouvoir ; les usages politiques des travaux scientifiques ; les sciences et l’opinion publique ; la place des « vulgarisateurs » ou médiateurs ; les formes prises par ce que Michel Foucault définissait (dans les années 1970) comme un « biopouvoir », ie, un pouvoir exercer sur les hommes et les populations considérées comme « créatures vivantes » touchant à la gestion des et à toutes les pratiques vitales : sexualité, maladies (…). Ce « biopouvoir » peut entrainer – par le biais d’institutions particulières (écoles, hôpitaux, casernes…) à une biopolitique visant à disciplinariser, améliorer ou, plus généralement, transformer les populations. Voici un extrait, tiré d'un conférence au Brésil en 1974, dans lequel M. Foucault tente de définir ces notions : 

     « Je soutiens l’hypothèse qu’avec le capitalisme on n’est pas passé d’une médecine collective à une médecine privée, mais que c’est précisément le contraire qui s’est produit ; le capitalisme, qui se développe à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, a d’abord socialisé un premier objet, le corps, en fonction de la force productive, de la force de travail. Le contrôle de la société sur les individus ne s’effectue pas seulement par la conscience ou par l’idéologie, mais aussi dans le corps et avec le corps. Pour la société capitaliste, c’est le bio-politique qui importait avant tout, le biologique, le somatique, le corporel. Le corps est une réalité bio-politique ; la médecine est une stratégie bio-politique »[1].

    Vous pouvez retrouver ici : http://1libertaire.free.fr/MFoucault112.html

     

    Ces notions sont au fondement de nombreux travaux (en histoire et en sciences sociales) depuis les années 1970, travaux qui cherchent à étudier les conditions d’émergence de « technologie » de contrôle ou de discipline des corps. Vous trouverez beaucoup de références sur internet. Ce qui nous intéresse plus spécifiquement pour le cours, c’est que ces notions nous permettent de mieux penser les enjeux du renforcement de ce que Michel Foucault appelait encore le « sacerdoce médical » au cours du 19e siècle. Des médecins « hygiénistes » des années 1820-1840 (l’hygiène publique apparaît dès le 18e siècle) à l’entreprise pastorienne dès la fin du XIXe siècle, on peut constater le rôle de plus en plus important joué par les médecins et les savants spécialisés dans les problèmes de santé (n’oublions pas encore les vétérinaires puisque la question des épidémies animales est au cœur des travaux des savants, des agronomes et des industriels tout au long du 19e siècle). À travers leurs travaux et pratiques (enquêtes, statistiques, campagne de vaccination), ces médecins sortent largement du domaine proprement médical : s’appuyant sur les nouveaux outils de communication (en particulier les journaux) et les nouveaux supports de diffusion des sciences (pensons aux grandes Expositions universelles) qui caractérisent le 19e siècle (en France et en Europe), les médecins tendent à jouer un rôle de plus en plus grand en matière de « gestion de la vie » et d’administration des populations (humaines et animales). À travers la médecine, l’État (au-delà même des changements de régime politique) construit de nouvelles formes de gouvernement des populations et plus largement d’administration des ressources naturelles (dont les animaux à travers l’émergence au milieu du siècle de la zootechnie) en métropole et dans les diverses colonies (Algérie pour la France et Indes pour l’Angleterre).

     

    Dans ce processus, les médecins sont liés avec d’autres savants. Ils appuient en effet leurs travaux sur ceux des naturalistes, des physiciens et des chimistes qui construisent des nouveaux modèles d’interprétation des phénomènes naturels (pensons aux nouvelles manières d’interpréter les phénomènes électriques ou le rôle joué par l’analyse des gaz). L’idée générale partagée par un grand nombre de savants des premières décennies du 19e siècle est que la société humaine doit être considérée comme un organisme au sein duquel chaque élément est en relation avec les autres. A travers les échanges conceptuels et théoriques entre les différentes disciplines se mettent en place les fondements d’une nouvelle théorie du vivant (rappelons ainsi que c’est en 1802 que le concept de biologie est utilisé par le naturaliste Jean-Baptiste Lamarck). Parce que l’actualité nous donne opportunément l’occasion de réfléchir à ces questions, nous vous proposons donc de recentrer nos échanges sur la vaste question de l’administration politique et sociale des épidémies et des maladies au cours du 19e siècle. Ce thème général nous permettra de revenir sur des questions que nous avons déjà abordées, tant dans l’histoire des savoirs (ayant comme objet la vie, la santé, la maladie ou la mort) que dans l’étude des liens entre sciences et politiques.