
Médiation nécessaire avec toute altérité sensible – et même, dans une large mesure, avec notre propre identité – l’apparence se donne d’abord comme le contact de notre perception avec la chose perçue. Pour l’enfant, l’apparence d’une chose n’est pas distincte de cette dernière, et ce n’est qu’en mûrissant qu’il apprend que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être, autrement dit qu’il oppose la surface apparente des choses à leur réalité profonde pouvant en différer. L’apparence devient alors un piège, un voile qui masque la réalité ; ce n’est que par l’effort rationnel que l’on pourra ôter ce voile. Parallèlement au domaine de la connaissance, la vie en société nous paraît aussi être le règne de l’apparence, que l’analyse philosophique s’attache à démanteler pour y chercher le vrai – quitte à montrer que cette authenticité n’est plus. Et l’apparence, comme dans l’œuvre d’art, pourrait alors être ce donné premier, qui ne présuppose aucun « être vrai » en-deçà ; il s’agirait alors de retrouver cette naïveté de l’enfance pour approcher le monde sans lui substituer d’arrière-monde prétendument plus réel. En dépassant le dualisme de l’être et du paraître, on réhabilite alors l’apparence comme étant au cœur de notre expérience humaine.
- Enseignant éditeur: Serlooten Baudouin