Dans les Méditations métaphysiques, Descartes élabore une philosophie du sujet pensant qui suppose un dualisme et se caractérise par sa substantialité et sa permanence. Dès l’époque moderne, cette conception va susciter des critiques. Certaines visent la substantialité du sujet et/ou le dualisme qui le sous-tend – on peut songer aux questions que la Princesse Elisabeth adresse à Descartes, mais aussi aux théories de Spinoza, Margaret Cavendish et Nietzche. D’autres auteurs tels que Hume et Locke mettent en doute l’unité de la conscience et sa continuité.
Dans la philosophie contemporaine, on voit se déployer des critiques de l’ego cartésien qui visent à l’amender, notamment celles de Jean-Paul Sartre et Merleau-Ponty. On observe aussi le développement d’une critique d’un sujet essentiellement féminin chez Simone de Beauvoir. Le sujet n’est pas donné ; il est construit. Le structuralisme implique quant à lui un rejet radical du concept de sujet, comme le montre la philosophie d’Althusser, qui tirent les enseignements du marxisme. Le concept de « transindividualité » d’Étienne Balibar, qui se substitue à la notion d’intersubjectivité, se fonde sur une similaire négation du sujet. Il soulève néanmoins la question suivante : comment penser l’identité individuelle ou collective dès lors qu’il n’y a plus de sujet ?
La philosophie du sujet est également mise en question dans les sciences humaines. Après la Deuxième guerre mondiale, on observe une crise du sujet. Comment un sujet moral peut-il commettre des actes qui relèvent du mal radical par soumission à l’autorité ? C’est à cette question que s’attachent à répondre les expériences de Stanley Milgram. Nous nous intéresserons également à la dissolution du sujet dans l’anthropologie de Lévi-Strauss et la psychanalyse lacanienne, qui s’inscrivent dans le cadre du structuralisme. Nous étudierons aussi le constat, fait par Michel Foucault, d’une « mort de l’homme » dans les sciences humaines, et nous nous demanderons si ce constat s’avère encore exact aujourd’hui, compte tenu des évolutions récentes, notamment la sociologie de Bernard Lahire, qui prête attention aux trajectoires individuelles et défend la conception d’un « homme pluriel ».
- Enseignant éditeur: Zappulla Mélanie
Bibliographie indicative:
ALTHUSSER, Louis, « Idéologie et appareils idéologiques d’État », Positions, Éditions sociales, 1976.
BALIBAR, Étienne, Spinoza politique. Le transindividuel, Puf, 2024.
BEAUVOIR (de), Simone, Le deuxième sexe, tome 1, Folio Essais, 1986.
CAVENDISH, Margaret, Philosophical Letters, édité par Deborah Boyle, Hackett, 2021 [je traduirai certaines lettres].
DESCARTES, Correspondance avec Élisabeth et autres lettres, présentation par Jean-Marie Beyssade et Michelle Beyssade, GF, format de poche, 2018.
FOUCAULT, Michel, Les mots et les choses, Tel Gallimard, 1990.
HUME, Enquête sur l’entendement humain, présentation de Michelle Beyssade et traduction d’André Leroy, GF, 2021.
LAHIRE, Bernard, Tableaux de famille. Heurts et malheurs scolaires en milieux populaires, Le Seuil, 2017.
LAHIRE, Bernard, L’homme pluriel. Les ressorts de l’action, Fayard/Pluriel, 2011.
MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, Tel Gallimard, 1976.
MILGRAM, Stanley, Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité, La découverte, 2017.
NIETZSCHE, La généalogie de la morale, Livre de poche, 2000.
SARTRE, Jean-Paul, L’être et le néant, Tel Gallimard, 1976.
SPINOZA, Éthique, édition bilingue latin-français, présentée et traduite par Bernard Pautrat, Points, 2014.
LACAN, Jacques, Écrits, Éditions du Seuil, 1966.
LÉVI-STRAUSS, Claude, Anthropologie structurale, Pocket, 2003.