La technique, comme ensemble des procédés rationnels par lesquels l'homme transforme la nature en vue de ses fins, semble a priori se définir par une série d'oppositions : à la nature, dont elle prolongerait ou contrarierait les fins propres ; à l'art, dont elle se distinguerait par son caractère utilitaire ; au savoir théorique enfin, dont elle ne serait que l'application pratique. Mais cette série d'oppositions ne va pas sans difficulté : si la technique est ce par quoi l'homme exerce un pouvoir sur la nature, n'est-elle pas d'abord ce par quoi il se distingue de l'animal et accède à sa propre humanité ? Et si son développement contemporain semble échapper à toute maîtrise, ne faut-il pas se demander si la technique n'est pas devenue elle-même un sujet, capable d'imposer sa logique propre à ceux qui prétendent s'en servir ? On se demandera donc si la technique est un simple moyen, neutre par nature, ou si elle porte en elle une fin propre (voire un danger) qu'il appartient à la raison de penser. Des premières définitions grecques de la technè au projet moderne de maîtrise de la nature, puis à la critique contemporaine de l'autonomie technique, on verra que ce qui apparaît d'abord comme un simple instrument au service de l'homme peut se retourner contre lui et interroger, en retour, ce que signifie être humain.
- Enseignant éditeur: Dabire Mwin-Maalou Frederic
0. 0. Introduction générale : qu’est-ce que la technique ?
1. 1. Le mythe de Prométhée : l’origine de la technique
2. 2. Aristote : la technè comme savoir-faire
3. 3. Descartes : la technique au service de la maîtrise de la nature
4. 4. Bacon : savoir et pouvoir
5. 5. Rousseau : perfectibilité et dénaturation
6. 6. Marx : travail, machinisme, aliénation
7. 7. Heidegger : la question de la technique
8. 8. Simondon : penser les objets techniques
9. 9. Ellul : l’autonomie du système technicien
10. 10. Jonas et les enjeux contemporains : responsabilité, anthropocène, intelligence artificielle
Deux notes de contrôle continu : deux devoirs surveillés (dissertation et commentaire de texte)
Un examen de fin de semestre (dissertation)
Bibliographie indicative
ANDERS, L'Obsolescence de l'homme, Paris, Ivrea, 2002.
ARENDT, Condition de l'homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1983.
ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, livre VI, Paris, GF-Flammarion, 2004.
— Physique, livre II, Paris, GF-Flammarion, 2000.
BACON, Novum Organum, livre I, Paris, PUF, 2010.
CANGUILHEM, « Machine et organisme », in La Connaissance de la vie, Paris, Vrin, 2015, p. 101-127.
DESCARTES, Discours de la méthode, VIe partie, Paris, GF-Flammarion, 2000.
ELLUL, Le Système technicien, Paris, Le Cherche Midi, 2012.
HEIDEGGER, « La question de la technique », in Essais et conférences, Paris, Gallimard, « TEL », 1980, p. 9-48.
JONAS, Le Principe responsabilité, Paris, Flammarion, « Champs », 1998.
LEROI-GOURHAN, Le Geste et la parole, tome I, Paris, Albin Michel, 1964.
MARX, Manuscrits de 1844, Paris, GF-Flammarion, 1996.
— Le Capital, livre I, section IV, Paris, PUF, 1993.
PLATON, Protagoras, 320c-322d, Paris, GF-Flammarion, 1997.
ROUSSEAU, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Paris, GF-Flammarion, 2008.
SIMONDON, Du mode d'existence des objets techniques, Paris, Aubier, 2012.
STIEGLER, La Technique et le temps, tome 1 : La faute d'Épiméthée, Paris, Galilée, 1994.