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EXPÉRIMENTATIONS DU NUMÉRIQUE EN AFRIQUE
Technologies globalisées, usages situés et rapports de pouvoir


Durée : 12 heures
Organisation : 4 séances de 3 heures
Niveau : Master 2
Enseignant : Bertrand SIMON

 

Présentation

Le numérique en Afrique est souvent pensé à partir de deux récits opposés : celui du retard et du rattrapage technologique, ou celui d’une « révolution numérique » portée notamment par l’essor spectaculaire du téléphone mobile.

Ce cours propose de dépasser cette opposition. Les technologies numériques sont largement mondialisées, mais leurs usages s’inscrivent dans des configurations sociales, économiques, politiques et culturelles particulières. Elles sont adaptées, détournées et transformées par les acteurs qui se les approprient.

L’Afrique n’est donc ni un simple espace de diffusion de technologies conçues ailleurs, ni un ensemble homogène caractérisé par des usages numériques spécifiques. Le cours analyse des trajectoires différenciées, produites par la rencontre entre infrastructures, marchés, politiques publiques, plateformes, sociabilités, systèmes médiatiques et rapports de pouvoir.

Il porte à la fois sur l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord, à partir de nombreux cas nationaux et sectoriels.

 

Problématique générale

Que devient le numérique lorsqu’il est pris dans des configurations sociales, économiques et politiques africaines particulières, et que nous apprennent ces configurations sur le numérique lui-même ?

 

Le cours est organisé autour de quatre déplacements conceptuels :

  • du retard aux trajectoires ;
  • de l’accès à l’appropriation ;
  • des usages aux dispositifs qui les organisent ;
  • de l’innovation aux rapports de pouvoir et aux dépendances.

 

Objectifs

À l’issue du cours, les étudiants devront pouvoir :

  • analyser la diversité des trajectoires africaines de connectivité et d’appropriation ;
  •  distinguer accès, usage, inclusion et capabilité numériques ;
  • comprendre le rôle des plateformes, des algorithmes et des données dans l’organisation de la visibilité et de la valeur ;
  • analyser les transformations des sociabilités, des espaces publics, des médias et des mobilisations politiques ;
  • identifier les mécanismes de désinformation et d’influence informationnelle ;
  • problématiser les dépendances technologiques, la souveraineté numérique et les enjeux liés à l’intelligence artificielle.

Perspective générale

Le cours défend une idée centrale : le numérique n’agit jamais seul.

Les technologies peuvent accélérer, amplifier ou faciliter certaines transformations, mais leurs effets dépendent des configurations sociales, économiques, institutionnelles et politiques dans lesquelles elles s’inscrivent.

Les sociétés africaines ne sont donc pas seulement des utilisatrices de technologies produites ailleurs. Elles constituent aussi des espaces d’appropriation, de transformation et d’innovation. Mais cette capacité d’appropriation ne signifie pas nécessairement autonomie : elle peut coexister avec de fortes dépendances en matière d’infrastructures, de plateformes, de données, de logiciels ou d’intelligence artificielle.

L’enjeu est dès lors moins de rechercher une impossible indépendance technologique que de comprendre quelles interdépendances peuvent être choisies, maîtrisées et régulées.

 

Organisation du cours

Séance 1 — Se connecter, accéder, s’approprier : les trajectoires africaines du numérique

Cette première séance analyse les conditions matérielles, économiques et institutionnelles de la connexion. Elle revient sur les fractures numériques, la « révolution mobile » et les écarts entre couverture, accès et usages.

Elle montre ensuite comment les technologies sont appropriées dans des contextes situés : économies populaires, activités rurales, services publics, fablabs ou usages professionnels.

Elle étudie enfin le rôle des États, des opérateurs, des autorités de régulation et des firmes globales dans la construction des trajectoires numériques.

Question centrale : comment penser le développement numérique africain sans le réduire au retard ou au rattrapage ?

 

Séance 2 — Des réseaux aux plateformes : organiser les usages, la visibilité et la valeur

La deuxième séance distingue réseau, plateforme et algorithme. Elle étudie les structures relationnelles, l’homophilie, les mécanismes de recommandation, la collecte des données et l’économie de l’attention.

Elle montre que les plateformes ne se contentent pas d’héberger les usages : elles les organisent, distribuent la visibilité et participent à la création de valeur.

Les terrains africains permettent ensuite d’étudier la plateformisation du commerce, de la téléphonie et des industries culturelles, notamment le cinéma et la musique.

Question centrale : comment les plateformes transforment-elles les relations, la visibilité et les formes d’intermédiation ?

 

Séance 3 — Faire société et faire de la politique : sociabilités, espaces publics et mobilisations

La troisième séance étudie le numérique comme composante des relations sociales : famille, religion, langues, cultures urbaines, mémoires et identités collectives.

Elle analyse ensuite la constitution d’écosystèmes médiatiques hybrides dans lesquels radio, télévision, presse, plateformes, messageries et conversations interpersonnelles interagissent.

Enfin, plusieurs mobilisations politiques permettent d’étudier le rôle du numérique dans l’action collective, de la Tunisie et l’Égypte au Maroc, au Cameroun, au Burundi, au Congo et au Sénégal.

 

Question centrale : comment le numérique reconfigure-t-il les sociabilités, les espaces publics et l’action politique sans se substituer aux structures sociales existantes ?

 

Séance 4 — Gouverner et contrôler le numérique : information, dépendances et souveraineté

La dernière séance porte sur les rapports de pouvoir.

Elle analyse la désinformation comme phénomène systémique, les mécanismes d’amplification coordonnée et les stratégies d’influence internationale, notamment russes et chinoises.

Elle aborde ensuite les coupures d’Internet, la protection des données, les dépendances envers les infrastructures et les firmes globales, ainsi que les différentes conceptions de la souveraineté numérique.

L’intelligence artificielle constitue le dernier prolongement de cette réflexion : dépendance aux infrastructures de calcul, représentation inégale des langues et des savoirs, biais des modèles et responsabilité des institutions qui les utilisent.

Question centrale : qui dispose des ressources nécessaires pour contrôler les infrastructures, les données, les récits et les systèmes numériques ?

 

Plan du cours

 

1. Se connecter, accéder, s’approprier : les trajectoires africaines du numérique

1.1 Des infrastructures aux usages
1.2 Des fractures numériques aux trajectoires de connectivité
1.3 Technologies globalisées, appropriations situées
1.4 États, marchés et politiques de transformation numérique
1.5 Penser des trajectoires plutôt qu’un rattrapage

2. Des réseaux aux plateformes : organiser les usages, la visibilité et la valeur

2.1 Du réseau à la plateforme
2.2 Structures relationnelles, centralités, communautés et homophilie
2.3 Algorithmes, données et économie de l’attention
2.4 Plateformisation des économies et des industries culturelles africaines
2.5 La plateforme comme nouvelle infrastructure des pratiques

3. Faire société et faire de la politique : sociabilités, espaces publics et mobilisations

3.1 Le numérique dans les relations sociales
3.2 Sociabilités, identités et cultures numériques
3.3 Des médias aux espaces publics numériques hybrides
3.4 Prendre la parole, mobiliser et agir à distance
3.5 Faire société et faire de la politique dans des espaces hybrides

4. Gouverner et contrôler le numérique : information, dépendances et souveraineté

4.1 Pouvoir des plateformes et pouvoir sur le numérique
4.2 Désinformation, viralité et gouvernement de l’information
4.3 Influence, ingérences et concurrences géopolitiques
4.4 Droits, dépendances, souveraineté numérique et intelligence artificielle
4.5 Information, influence, infrastructure

Composante: École science politique de la Sorbonne
Niveau LMDA: Masters;Autres
Catégories de cours supplémentaires: 1873;1875
Langue: Français
clef Etudiante
clef Etudiante
Accessibilité

Couleur de fond Couleur de fond

Police Police

Crénage de la police Crénage de la police

Visibilité de l’image Visibilité de l’image

Hauteur de ligne Hauteur de ligne

1.2

Surbrillance de lien Surbrillance de lien

Alignement du texte Alignement du texte

Taille de police Taille de police

1

Espacement des lettres Espacement des lettres

0

Couleur de texte Couleur de texte

Largeur de paragraphe Largeur de paragraphe

0