D5P41216 - Esthétique - Cours magistral

Le contexte de la fin de l’art (« The end of Art », Arthur Danto) et de la définition institutionnelle de l’objet d’art (Georges Dickie) ont promu le(s) monde(s) de l’art (Becker) comme l’instance de légitimation par excellence de l’œuvre d’art. Est Art désormais, ce qui a été estampillé comme tel par les acteurs internes à ce monde… La philosophie, prenant acte de cette promotion inédite de l’institution artistique, s’est ajustée et abandonnant une approche essentialiste vouée en partie à l’échec, a proposé de nouvelles déterminations de l’œuvre d’art en lien avec la manière dont celle-ci se déploie dans l’espace et le temps, au travers d’une approche fonctionnaliste (Goodman), ou encore pragmatiste (Dewey), privilégiant ainsi une approche globale « du fait artistique » plutôt que de l’objet in se, faisant droit à tout un ensemble d’éléments contextuels et à la pluralité des acteurs qui y participent. Cette approche a permis de mettre en valeur le rôle décisifs que jouent certaines procédures (protocoles), discours (cartels, médiation…)  qui entourent et accompagnent les œuvres et participent pleinement de leur stratégie de reconnaissance et de légitimation.

Si l’on doit de toute évidence renoncer à une approche strictement philosophique qui tenterait d’approcher l’œuvre d’art à partir de ses seules qualités esthétiques et/ou des appréciations qu’elles suscitent, s’en remettre à une définition institutionnelle n’est cependant pas sans soulever des problèmes épineux. En premier lieu, celui de la circularité des définitions enserrées dans le concept des mondes de l’art (l’œuvre fait le musée, le musée fait l’œuvre) qui tend à éclipser les procédures de validations réelles et concrètes par lesquelles une œuvre d’art est reconnue et validée comme telle. Or ces procédures relèvent toujours in fine de jugements qui évaluent les œuvres et qui reposent sur une argumentation esthétique qu’il convient de mettre à jour. Quelle(s) rationalité(s) esthétique alors préside(nt) à de telles procédures ? Celle-ci est-elle interne au monde de l’art – autonomie – ou est-elle soumises à des pressions extérieures (institutions, marché de l’art, industrie culturelle…) – hétéronomie.

 

Décrypter ces mécanismes, c’est comprendre ce qui fait que dans un espace /temps donné, un objet, une pratique, un évènement ou encore une performance devient une œuvre d’art et s’insère dans un circuit et un réseau qui vont concourir à la faire vivre. C’est aussi comprendre les enjeux artistiques qui gouvernent la création des œuvres et leur exposition et la manière dont les artistes eux-mêmes à travers leurs productions se satisfont de ces logiques ou, tout au contraire, tentent de les déjouer en vue de reconquérir une autonomie en marges des stratégies institutionnelles.

 

Dans une approche croisée entre esthétique, sociologie de l’art et pratiques artistiques contemporaines, nous tenterons dans une première partie de mettre à jour les différentes logiques et rationalités qui président à la reconnaissance de l’œuvre d’art et d’en pointer les limites. La prévalence aujourd’hui des mondes de l’art n’entretient-elle pas un modèle hégémonique en faveur de l’institution et du marché et au dépend de critères esthétiques ? Quelle place, dans un tel contexte, peut-il subsister pour un art « du dehors » ne répondant pas à leurs critères ?

Dans une seconde partie, nous nous pencherons sur les pratiques artistiques et la manière dont les artistes se rapportent à ces mondes de l’art et tentent d’en déjouer les logiques hégémoniques en inventant d’autres modalités de fabrication et d’exposition de l’œuvre. C’est au final, la capacité de résistance de l’artiste aux mondes de l’art que l’on tentera d’interroger.


Informations sur l'espace de cours

Nom Esthétique - L’œuvre d’art face aux mondes de l’art : entre légitimation et hégémonie
Nom abrégé UP1-C-ELP-D5P41216-04 - L’œuvre d’art face aux mondes de l’art : entre légitimation et hégémonie
EnseignantsCaillet Aline
Groupes utilisateurs inscrits Consultation des ressources, participation aux activités :
  • [2018] UFR 04 - Matière (M2-S2) : Esthétique (groups-matiD5P41216-2018)
Consultation des ressources uniquement : No enrolled cohort.
État Créé par Aline Caillet le 15/01/2019
Approuvé par Aline Caillet le 15/01/2019

Rattachements à l'offre de formation

Élément pédagogique UP1-C-ELP-D5P41216 - Esthétique
Chemin complet > Année 2019-2020 > Paris 1 > UFR 04 : École des arts de la Sorbonne > UP1-PROG-04-MPD504-116 Référence cassée > UP1-PROG-ELP-D5P4S416 Référence cassée > UE1 Enseignements génériques > Esthétique