D5P41216 - Esthétique - Cours magistral

Intitulé : L’œuvre d’art face aux mondes de l’art : entre légitimation et hégémonie

Le contexte de la fin de l’art (« The end of Art », Arthur Danto) et de la définition institutionnelle de l’objet d’art (Georges Dickie) ont promu le(s) monde(s) de l’art (Becker) comme l’instance de légitimation par excellence de l’œuvre d’art. Est Art, désormais, ce qui a été estampillé comme tel par les acteurs internes à ce monde et circule à l’intérieur d’espaces et de réseaux consacrés dont l’exposition constitue la face la plus apparente.

La philosophie, prenant acte de cette promotion inédite de l’institution artistique, s’est ajustée et abandonnant une approche essentialiste centrée sur la seule œuvre et vouée en partie à l’échec, a proposé de nouvelles déterminations de l’œuvre d’art en lien avec la manière dont celle-ci se déploie dans l’espace et le temps. Que ce soit au travers d’une approche fonctionnaliste (Nelson Goodman), ou encore pragmatiste (John Dewey), elle a tenté de proposer une approche globale « du fait artistique », faisant droit à tout un ensemble d’éléments contextuels ainsi qu’à la pluralité des acteurs qui y participent, débordant la triade artiste/œuvre/spectateur autrefois constitutive du fait esthétique.

Si le fait artistique s’est à l’évidence complexifié depuis l’avènement de l’art contemporain dans les années 1960, puis de son intégration dans les politiques culturelles à partir des années 1980, il n’est pas certain toutefois qu’il faille s’en remettre à cette seule définition institutionnelle qui tend à priver l’œuvre d’art de son caractère autonome et autotélique et l’ampute de sa puissance critique. À l’âge de son intégration institutionnelle, l’œuvre d’art, et plus généralement le fait artistique, se voient en effet assignés par d’autres selon une logique circulaire qui tend à masquer les procédures de validation réelles et concrètes par lesquelles une œuvre d’art est reconnue et validée comme telle (est art ce qui exposé ; ce qui est exposé est art) et à disqualifier discrètement comme non-artistique tout ce qui récuse ses standards.

C’est pourquoi il convient de mettre à jour ces procédures de validation et de reconnaissance de l’œuvre et plus généralement du fait artistique afin d’interroger la rationalité – esthétique, économique, institutionnelle ? – qui préside à ces choix. Décrypter ces mécanismes, c’est comprendre ce qui fait que dans un espace /temps donné, un objet, une pratique, un évènement ou encore une performance, devient une œuvre d’art et s’insère dans un circuit et un réseau qui vont concourir à la faire vivre. C’est aussi comprendre les enjeux extra-artistiques qui gouvernent la création des œuvres et leur exposition et la manière dont les artistes eux-mêmes, à travers leurs productions, se satisfont de ces logiques ou, tout au contraire, tentent de les déjouer en vue de reconquérir une autonomie en marge des stratégies institutionnelles.

 

Dans une approche croisée entre esthétique, sociologie de l’art et pratiques artistiques contemporaines, nous tenterons dans une première partie de mettre à jour les différentes logiques et rationalités qui président à la reconnaissance de l’œuvre d’art et d’en pointer les limites. La prévalence aujourd’hui des mondes de l’art n’entretient-elle pas un modèle hégémonique en faveur de l’institution et du marché et au dépend de critères esthétiques ? Quelle place, dans un tel contexte, peut-il subsister pour un art « du dehors » ne répondant pas à leurs critères ?

Dans une seconde partie, nous nous pencherons sur les pratiques artistiques et la manière dont elles négocient leur mise à vue en jouant de façon critique avec le format exposition, tantôt de l’intérieur, tantôt de l’extérieur et tentent ainsi de déjouer les logiques hégémoniques en inventant d’autres modalités de fabrication et d’exposition de l’œuvre. C’est au final, la capacité de résistance de l’artiste aux mondes de l’art que l’on tentera d’interroger.


Informations sur l'espace de cours

Nom Esthétique - M2 STE
Nom abrégé UP1-C-ELP-D5P41216-06 - M2 STE
EnseignantsCaillet Aline
Groupes utilisateurs inscrits Consultation des ressources, participation aux activités :
  • [2020] UFR 04 EAS - Matière (M2-S2) : Esthétique (groups-matiD5P41216-2020)
Consultation des ressources uniquement : No enrolled cohort.

Rattachements à l'offre de formation

Élément pédagogique UP1-C-ELP-D5P41216 - Esthétique
Chemin complet > Année 2020-2021 > Paris 1 > UFR 04 : École des arts de la Sorbonne > Master 2 Pro Sciences et Techniques de l'Exposition > Semestre 4 > UE1 Enseignements génériques > Esthétique