K4010815 - Histoire de la philosophie moderne et contemporaine B - Cours magistral

Nous chercherons à élucider le sens philosophique de ce triptyque qui constitue plutôt deux couples d’opposés, entre la réforme et la révolution d’un côté, la révolution et la réaction (entendue comme contre-révolution) de l’autre. Ces oppositions qui sont passées dans le langage commun peuvent être analysées philosophiquement en adoptant une perspective généalogique.

Le triptyque « réforme, révolution, réaction » soulève d’abord, dans le contexte de la Révolution française, la question des moyens du changement politique et social et de sa vitesse. La violence révolutionnaire semble, selon nombre d’auteurs, accélérer l’histoire, là où la réforme pacifique agit graduellement. Si l’usage du terme de « réaction » en philosophie politique remonte, quant à lui, à Montesquieu, la Révolution française le rend synonyme de « contre-révolution », par exemple chez Marat. Toutefois les moyens identiques mobilisés par la révolution et la réaction, à savoir le recours à l’arbitraire (comme non-respect des formes juridiques) rapproche, comme B. Constant l’expose dans son texte Des réactions politiques (1797), les deux phénomènes et les oppose à la réforme.  

Deuxièmement, il s’agira d’analyser l’articulation entre la dimension spirituelle et politique du changement social. Nous nous intéresserons ici particulièrement à la distinction entre la Réforme (religieuse) et la révolution (politique) dans le contexte du Vormärz. Le constat d’un triomphe de la « réaction » en Europe après 1815 amène les Jeunes Hégéliens à distinguer la France, pays de la révolution politique, de l’Allemagne, pays de la révolution philosophique. Ce lieu commun leur permet de penser l’articulation entre changement spirituel et changement institutionnel. Penser la révolution politique dans la continuité de la Réforme protestante, c’est également l’inscrire dans une histoire du salut qui permet de théoriser la révolution à venir. Nous étudierons ce problème chez certains historiens de la Révolution française tels que Michelet, Louis Blanc et Edgar Quinet.

Cependant, nous pourrons opposer, à cette réflexion sur la dimension religieuse et spirituelle de la Révolution, d’autres théories de la transformation sociale : la « révolution démocratique » irrésistible dont parle Tocqueville dans De la démocratie en Amérique voue tout projet de « réaction » à l’échec ; se déployant dans la longue durée, elle détruit en outre l’illusion des révolutionnaires à avoir, par leur seule action, bouleversé l’ordre existant. Il sera intéressant de comparer pour finir cette position à celle de Marx et d’Engels concernant la transformation sociale, à l’époque de l’Idéologie allemande, et jusqu’à l’échec des révolutions de 1848.


Informations sur l'espace de cours

Nom Histoire de la philosophie moderne et contemporaine B - Réforme, révolution, réaction dans la première moitié du XIXe siècle.
Nom abrégé UP1-C-ELP-K4010815-01 - Réforme, révolution, réaction dans la première moitié du XIXe siècle.
EnseignantsYuva Ayse Safak
Groupes utilisateurs inscrits Consultation des ressources, participation aux activités :
  • [2020] Groupe pédagogique : Hist philo modern contemp - CM5 CT (Groupe avec Ayse Yuva Jeudi 15h/17h salle Halwachs) (groups-gpelp.46392-2020)
Consultation des ressources uniquement : No enrolled cohort.

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