Ce cours propose une introduction à la philosophie morale à partir de la question de l’exemplarité. Avons-nous besoin d’exemples pour nous aider à bien agir et à bien vivre ? Si l’exemple a le mérite d’incarner en un acte et en une personne donnés la résolution d’un problème moral, ce qui l’érige de fait en modèle à imiter, il n’est pas certain qu’il soit pour autant dénué d’ambiguïté. Ambiguïté quant à son statut épistémologique, dans la mesure où il n’est pas assuré que l’exemple fasse argument, puisqu’il est possible que sa moralité ne dépasse pas sa singularité, par opposition à la règle morale qui est, quant à elle, générale, c’est-à-dire valable dans la plupart des cas. Mais l’ambiguïté concerne également les ressorts psychologiques qui font de l’exemple un acte ou une vie exemplaire. Car l’exemplarité repose sur l’admiration, passion qui atteste sans doute de la bonté, voire de la beauté de ce qui est perçu, mais qui est aussi très proche de l’éblouissement, c’est-à-dire de l’inhibition du jugement critique. Or une telle inhibition du jugement prépare peut-être moins l’autonomie pratique du sujet que son assujettissement, c’est-à-dire son asservissement. Ce cours fera dialoguer la philosophie morale avec la philosophie politique, en abordant la question de l’exemplarité des dirigeant.e.s politiques à partir de l’exigence de transparence dans les démocraties occidentales, mais aussi avec la philosophie esthétique, en interrogeant la façon dont la littérature se prête aussi à la réflexion morale. Il y sera question de Socrate et de Jésus, de saints masochistes et de comptes en Suisse, de Caton d’Utique et de volupté narcissique, de la sagesse d’un éléphant et de représentant.e.s corrompu.e.s. On travaillera en particulier à partir de textes d’Aristote, des Stoïciens, de Montaigne et de Nietzsche. Une bibliographie détaillée sera distribuée au début du cours.
- Enseignant éditeur: Iguedef Idir