Le Leviathan de Hobbes fut d’abord écrit en langue anglaise, dans la version de 1651, avant qu’une autre version du texte soit rédigée en latin avec certaines modifications. Dans cet enseignement, nous nous centrerons exclusivement sur le texte original de 1651, et plus précisément sur les première et deuxième parties de l’ouvrage.
Comment surmonter la rivalité entre les hommes, inhérente à l’état de nature, pour construire une société commune ? Comment penser la souveraineté, et comment doit s’exercer la puissance du souverain pour éviter toute dissension interne ? Dans le Leviathan, Hobbes s’attache à répondre à ces questions dans le contexte des guerres civiles anglaises. Il s’efforce aussi de concevoir une théorie matérialiste de la politique visant à améliorer les conditions de vie des citoyens, notamment en garantissant leur sécurité. Le Leviathan de Hobbes constitue une œuvre pivot de la pensée politique moderne. Au XVIIe siècle, Spinoza adopte une approche différente de la souveraineté et de la liberté politiques. Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau élabore sa théorie du contrat social en opposition à celle de Hobbes. La fécondité d’une théorie se mesure aussi à l’aune des oppositions qu’elle suscite.
Les thèses du Leviathan sont encore discutées à l’époque contemporaine. Pourquoi le souverain prend-il la figure du Léviathan, ce monstre biblique ? Jacques Derrida propose une analyse des implications de l’analogie entre la bête et le souverain. On peut aussi se demander si l’expression de « guerre de tous contre tous » ne nous a pas aveuglés sur la centralité de la guerre dans la théorie politique hobbésienne. N’est-ce pas plutôt la « non-guerre » qui se trouve au fondement du système, comme l’a montré Michel Foucault ? Enfin, du fait du caractère absolu de la souveraineté selon Hobbes, un lecteur contemporain peut s’interroger quant à une éventuelle résurgence de la tyrannie – on retrouve ce souci, par exemple, chez Hannah Arendt. Cela soulève la question du droit de résistance (« right to resist »). Cet enseignement sera centré sur la traduction et le commentaire de textes issus du Leviathan. Les thèses de Hobbes seront remises en perspective à l’époque moderne, et certaines des questions soulevées dans la philosophie contemporaine seront également intégrées dans l’analyse de l’œuvre afin d’en montrer toute la portée.
- Enseignant éditeur: Zappulla Mélanie
Littérature primaire
HOBBES, Thomas, Leviathan, Revised Student Edition, Cambridge Texts in the History of Political Thought, Cambridge University Press, 1996.
HOBBES, Thomas, Léviathan, Introduction, traduction et notes par François Tricaud, Dalloz, 1999.
Littérature secondaire
ARENDT, Hannah, L’impérialisme : Les Origines du totalitarisme, tome 2, Points, 2025.
CRIGNON, Philippe, La philosophie de Hobbes, Vrin, collection Repères, 2017.
CRIGNON, Philippe, De l’incarnation à la représentation : L’ontologie politique de Thomas Hobbes, Classiques Garnier, 2012.
DERRIDA, Jacques, Séminaire La bête et le souverain, vol. 1 et 2, Galilée, 2008-2009.
FOISNEAU, Luc, Hobbes : La vie inquiète, Folio Essais, 2016.
FOUCAULT, Michel, Il faut défendre la société, Gallimard, Seuil, 1997.
MARQUER, Éric, Le Léviathan et la loi des marchands : Commerce et civilité dans l’œuvre de Thomas Hobbes, Classiques Garnier, 2023.
MARTINICH, A. P., HOEKSTRA, K. (dir.), The Oxford Handbook of Hobbes, Oxford University Press, 2016.
ZARKA, Yves Charles, « La mutation du droit de résistance chez Grotius et Hobbes : du droit collectif du peuple au droit de l’individu », in J.-C. Zancarini (dir.), Le Droit de résistance XIIe-XXe siècle, ENS Éditions, coll. Theoria, 2021.
ZARKA, Yves Charles, Hobbes et la pensée politique moderne, Puf, 2012.