La pensée féministe a historiquement cherché à diagnostiquer l’oppression commune et spécifique qui s’exercent sur les sujets identifiés comme femmes. Tout au long du vingtième siècle, et plus particulièrement à partir des années 1970, des concepts ont été forgés pour en rendre compte : patriarcat, sexage, rapports sociaux de sexe, oppression de genre… Ces concepts ont une double portée : théorique, dès lors qu’ils entendent rendre visible et expliquer un phénomène social injuste, massif, et pourtant longtemps invisibilisé ; et politique, dans la mesure où ils doivent permettre au groupe des femmes de prendre conscience de son existence en tant que groupe social uni dans une expérience commune de l’oppression, et de se constituer en sujet politique. Cependant, dès les années 1970, l’idée d’une oppression commune des femmes a fait l’objet de discussions et de critiques, en provenance des marges du mouvement féministe. Des penseuses lesbiennes aux féministes noires américaines, des voix se sont élevées pour questionner l’existence d’un « groupe des femmes » et la possibilité d’une solidarité entre les femmes. Dans ce cours, on reviendra sur ce problème classique de la théorie féministe en se penchant sur quelques-uns des textes qui ont donné corps à la controverse : de Beauvoir à Wittig et bell hooks, en passant par Delphy, Guillaumin et Federici.
- Enseignant éditeur: Garrau Marie